Souvent avec mes amis photographes, nous échangeons nos idées, nos convictions, nos conceptions de ce qu'est l'art photographique. Ces échanges mènent souvent à de vives confrontations. Nous avons tous commencé, si je puis dire, par la photo de surf. Comme chacun sait, ce milieu est extrêmement difficile à infiltrer car souvent vérouillé par ceux qui le font vivre. Chacun sait également, qu'on assiste à une véritable ruée vers le métier de photographe de surf depuis quelques années sans doute pour le cadre de vie. Pensez donc, devoir être sur une plage toute la journée à shooter les meilleurs surfers au monde et sans aucun doute les plus belles filles, n'est-ce pas là un rêve ? Avoir pour bureau une table de déjeuner où l'on a grand-ouvert une carte de navigation, sur un bateau somptueux en pleine Indonésie ? A quelques encablures de vagues aussi dangereuses que magnifiques ? C'est sur, c'est un rêve pour beaucoup. Parallèlement à cet engouement croissant, on assiste à une percée notoire, comme partout d'ailleurs, de la technique numérique. Autrefois tellement dénigrée par ceux qui se vantent aujourd'hui d'en maitriser les moindre octets, il y a un certain turning-over qui s'est emparé du milieu de la photo de surf. Disons-le clairement, le numérique a permi beaucoup de choses. Il a avant-tout enlevé cette barrière autrefois solide, de l'équipement d'un photographe professionnel. Pour pas grand chose, on est désormais capable de partager avec la Terre entière ses propres images. C'est enfin tellement simple de faire des images correctes en appuyant sur un simple bouton et sortir du lot l'image qui fera crier au génie la plupart des amateurs lambdas... Tellement simple de se servir d'une inculture absolue en post-traitement pour faire gober à ces mêmes amateurs lambdas que l'on était au bon endroit et au bon moment avec la bonne lumière. Tellement simple, enfin, de faire croire que l'on connait son sujet quand il est simplement question d'extraire d'une rafale de 80 images, celle qui semble la plus propre et expressive. Comme vous le constatez, les échanges d'idées dont je parle en ouverture, nous sont venus naturellement ayant tous un minimum d'esprit critique et une certaine capacité de remise en question.
Seulement voilà, ces derniers temps, j'assiste bouche-bée à un retournement de situation étonnant. Les magazines de surf français semblent découvrir les joies du numérique et toutes ses possibilités, quelle ironie... Même avec une PAO toujours autant perfectible, ils se targuent d'exploiter au mieux les travaux numériques de leurs photographes. Cette envie de rédiger ce billet m'est venu en feuilletant le numéro annuel d'un magazine connu dans le milieu surf où j'entends dire, complètement effaré, cela : "Ces photos réalisées avec un slave ne laissent personne insensible. Et paradoxalement, elles ne provoquent pas la moindre polémique, dans un milieu de la photographie surf d'ordinaire très conservateur, où l'on considère volontiers les collègues travaillant sur le skate et le snow -qui bossent depuis longtemps avec des flashs indépendants- comme d'indécrottables truqueurs, toujours prompts à retravailler leurs images à l'aide de logiciels pour leur donner plus de densité, de détails ou de piqué." Voilà comment on assassine encore plus le métier de photographe de glisse de nos jours. Ces propos sont complètement faux, je vous le dit avec conviction. Dans la photo de skate on se sert de plus en plus de reflex moyen format et de matériel très pointu... Qu'on ne vienne pas me dire que la plupart font juste joujou avec des Hasselblad ou des Mamiya et cachent la vérité en retraitant leurs images. Quelle insulte ! Même si ces propos sont tenus par quelqu'un qui visiblement ne sait pas ce qu'est la photo de skate, ils seront pris pour argent-comptant par les lecteurs qui ne connaissent pas non plus l'univers de la photo de skate. Vous savez à quoi ça me fait penser ? Exactement à la situation d'il y a quelques années où lorsqu'on posait la question "Vous ne travaillez pas en numérique ?" on vous faisait clairement comprendre que non parce que continuer avec l'argentique était un gage de qualité non pas au sens strict du terme, c'est là le vis de ces propos, mais parce que shooter avec de la pellicule signifiait faire de la photo à un niveau plus élevé... La vérité c'est que ce milieu de la photo de surf est complètement rongé par l'arrivée massive d'amateurs qui n'ont qu'à poser leurs fesses sur une plage et appuyer sur un bouton... La voilà la vérité ! Bref, ce sujet sur les photos de surf au flash m'a complètement sortit de mes gonds... Moi qui suit très attentif à tout ce que je vois, je ne peux m'empêcher de réagir ainsi toujours avec modestie mais en connaissance de cause.
La suite au prochain épisode...
Yogan.