Dans mon billet du premier août, je vous avais promis une actualité assez chargée, et bien j'espère ne pas avoir failli à ma promesse... Je suis entrain de finir de mettre en ligne mon portfolio sur les Universités d'été du PS qui se sont tenues à La Rochelle du 25 au 27 août. Ce fut 3 jours de folie. J'ai été immergé 3 jours dans la vie de photojournaliste, à partager les transmissions longues et pénibles, les concertations de journalistes écrits, les oraux des journalistes radio dans cette gigantesque salle de presse. Je n'en avais jamais autant vu... Jamais. J'ai senti une certaine pression, une atmosphère étrange où chacun veut être le plus rapide, le plus juste, le plus circonspect. Pour la première je n'étais pas très à l'aise dans mon reportage. Avec tout ce monde, je crois que c'est inévitable. On est sans cesse entrain de se demander si on ne rate pas quelque chose à l'autre bout de l'espace Encan, quelque chose que les autres auront fait et pas nous. Une photo mieux cadrée, mieux exposée, ... Je ne savais plus où me mettre à vrai dire car j'aime traiter de façon un peu décalée l'actualité mais en même temps je sais que ce ne sont pas les photos qui intéressent directement les journaux. J'ai alors définitivement compris que le photojournalisme, au sens propre, ne m'irait pas. Le reportage "magnumien" reste en revanche ce que j'apprécie le plus. Le côté instant décisif (propre à Cartier-Bresson) me passionne plus que jamais. Parait-il que ces universités d'été 2006 n'étaient pas comme les précédentes. L'approche de l'élection présidentielle de 2007 y est pour beaucoup. Au jour 0, Ségolène Royal était déjà sur le terrain à visiter les ateliers d'Alstom à Aytré puis à la mairie de La Rochelle pour une conférence avec les autres présidents de régions.
Dès le début, la pression était là. Nous étions une dizaine de photographes dans les ateliers. Peut-être trop nombreux pour laisser du champ et ainsi donner la possibilité à chacun de faire les photos qui l'intéressent et qui lui parlent, d'où une certaine routine tout au long des universités d'été. Je ne parle pas de l'arrivée de Ségolène le lendemain, devant les marches de l'espace Encan... C'était incroyable, absolument incroyable. Sans vous mentir, nous étions au moins 15 photographes, avec une bonne dizaine de caméramen accompagnés de leur preneurs de son (ça se dit ?) sans oublier les journalistes radio... Tout ça pour une seule personne.
Cette routine se répéta à chaque arrivée des grandes figures du PS. Le point d'orgue, je crois que ce fut avec l'arrivée de Lionel Jospin. Il s'agissait de sa première apparition publique depuis les élections présidentielles de 2002. L'effectif de caméramen et photographes était donc encore plus conséquent que pour Ségolène Royal car cette fois-ci, il y en avait au bas des marches, mais aussi dans l'espace Encan derrière les vitres et au premier étage pour prendre un peu de hauteur. L'arrivée de Lionel fut la plus grosse bousculade que je n'ai jamais vu. Le service d'ordre empecha rapidement la plupart des photographes de travailler à cause du non-respect des closes décidées avant que Lionel Jospin n'arrive. Nous nous étions concertés pour laisser travailler les photographes assis, au devant et les caméramen debout derrière. Mais comme avec Ségolène, dès que sa voiture arriva, tout le monde se rua dessus violant ainsi les closes. Quelques violents échanges éclatèrent entre des photographes entrain de travailler et le service d'ordre qui les repoussaient violemment. Son départ fut tout aussi mouvementé avec une quasi bagarre entre deux caméramen. L'un accusant l'autre de le bousculer de trop alors que Lionel montait en voiture. Le dernier jour, avant le discours de cloture du premier sécretaire : François Hollande, les arrivées se succèdèrent en l'espace de 20 minutes. A chaque fois c'était de la pure folie. Les militants assis n'en croyait pas leurs yeux et moi non plus pour tout vous dire. Pour aller "au contact" il faut avoir de gros bras croyez-moi ! A cette cérémonie de cloture, le nombres de journalistes atteignait un nouveau seuil. La Chaine Parlementaire (LCP) retranscrivait même en direct les derniers discours. Les photographes, eux, s'étaient massés au pied de la tribune, face au premier rang où tous les principaux membres du PS étaient assis, avec bien sur, Ségolène Royal. Quand Lionel Jospin s'est avancé vers elle en lui faisant la bise, les coups de flash partaient dans tous les sens, à tel point que pendant une seconde, la lumière était pratiquement continue sur eux deux. Un peu plus à gauche, Jean-Marc Ayrault, Jack Lang et Dominique Strauss-Kahn assistaient à la scène stupéfaits, médusés. Je ne manquerai pas non plus de vous raconter la sortie de Ségolène Royal. La voici : en se lèvant, elle se fit interroger une bonne minute, puis salua ses collègues. Déjà, la densité de photographes et caméramen au m² atteignait des records, mais quand elle pris la direction de la sortie, nous nous sommes presque tous agglutinés autout d'elle. Certains pensaient éviter cette nuée en se mettant debout sur des chaises... Erreur. Ils se sont tous fais renverser dans le fracas du plastique noire des chaises, tronant partout dans la salle. En sortant, on me raconta qu'elle dit haut et fort qu'elle n'en pouvait plus. A sa montée dans la voiture, elle ne répondit pas une seule fois aux "Ségolène ! Ségolène ! Par ici s'il vous plait!". Puis elle entra éberluée dedans sans un mot, esquissant simplement un "Au revoir".
Incontestablement, j'ai appris beaucoup. De ce que je veux faire de ma vie et surtout de l'orientation que je donne à mes reportages. Cette situation de pression que je décrivais m'a donné certaines réponses et j'en suis très content. J'espère que vous apprécierez ces images, résultats de 3 jours de travail.
Il y aussi eu le feuilleton "Nicolas et Cecilia Sarkozy en vacances au Pyla". Régulièrement nous faisions un tour sur le Bassin comme on dit ici, pour venir faire quelques images. La première fois, ce fut pour la dédicace de son livre "Témoignages", dans une petite librairie Arcachonaise. Une cohue. Il y avait bien 300 personnes venues pour voir leur ministre (pour beaucoup, leur futur président) attendant de lui une dédicace et un sourire. Pour permettre à tout le monde de travailler convenablement, nous avions tous convenu d'une règle. Elle était très simple : juste à côté de la table où Nicolas Sarkozy dédicaçait son livre, il y avait une sorte de barrière du même type que celles que l'on trouve dans les files d'attente aux aéroports. Par groupe, nous devions faire des tours de 2 minutes derrière cette barrière puis laisser la place. Bien sur, certains ne manquèrent pas de n'en faire qu'à leur tête, occasionnant très vite prises de bec et refus pur et simple du service d'ordre de continuer ces rotations. C'est dans cette ambience que nous attendèrent tous dehors, qu'il sorte pour saluer la foule, la remercier et monter en voiture. 1h30 debout, les uns contre les autres, derrières les policiers. Cecilia sortit la première, sans s'arrêter poser, sans dire un mot à la foule. Une demi-heure plus tard, Nicolas fit de même en prenant -pour sa part- bien soin de venir saluer ses admirateurs juste devant nous, les photographes. Du coup, nous nous sommes tous agglutinés en même endroit. A bout de bras, nous tentions tous de ramener au moins une photo. Photos ? Non du ball-trap. La seconde fois, c'était pour un photocall organisé. Le soleil était franc ce jour-là. Nous arrivâmes à 10h au Pyla, devant la villa qu'il louait. On a finalement pu le voir à 15h30. Il est venu nous voir, pour nous dire qu'il allait jouer au foot avec les personnalités du coin dont Bernard Laporte. Il accepta qu'on vienne faire des images. Après quoi il rentra, se prépara avec Cecilia, puis descendit sur la plage. Ceux qui avaient organisé ce photocall leur donnèrent des directives complètement farfelues. Il était question qu'on les laisse marcher vers le nord, puis qu'ils redescendent vers nous, face au sud donc. Ce que les paparazzis oublièrent c'est que le vent venait du nord-ouest et le soleil tappait plein ouest. Il était 18h30. Quand ils s'arrêterent face à nous, ils étaient en plein contre-jour... La dernière fois, c'était pour une hypothétique visite de la caravane de l'UMP à Arcachon, suivie de celle du marché. Ca c'est transformé encore en pujilat entre les journalistes de France 2 qui l'ont interrogé avant tout le monde et sans que leurs collègues ne soient là, puis à ceux de TF1 qui voulaient lui faire faire son point presse en plein marché couvert initialement prévu devant la caravane. Chacun pour soi... Voilà pour le récit de mon mois d'août 2006.
Tous ces souvenirs restent très vivants et me rappellent de très beaux moments. J'ai voulu vous les faire partager, en espèrant ne pas avoir été trop long.
A très vite.
Yogan.